Hans Gál · 1890–1987

Le renouveau après la guerre

Si Gál pouvait être reconnaissant à la guerre de quelque chose, c’était de la rupture forcée avec ses premières œuvres : elle lui avait donné le recul critique nécessaire pour ne publier que celles auxquelles il croyait encore par la suite. Cela ne concernait qu’une faible part des compositions antérieures à 1918, mais il continua de reconnaître ces œuvres choisies jusque dans sa vieillesse. Les œuvres écrites avant ses trente ans ne laissent souvent entrevoir que par des traits isolés la physionomie du Gál de la maturité ; elles ont pourtant toutes en commun une fraîcheur vive et naturelle, ainsi qu’un sens déjà bien développé de la forme et de la clarté.

Avec la fin de la Première Guerre mondiale commença la reconstruction de sa carrière musicale à Vienne. La décennie suivante fut décisive tant pour son évolution de compositeur que pour sa réception : c’est alors que son style personnel s’affirma pour l’essentiel. Mais, dans la crise politique et matérielle de l’Autriche d’après-guerre — sans parler de l’inflation galopante qui, en 1922, avait ramené la monnaie au quatorze-millième de sa valeur d’avant-guerre —, les conditions furent d’abord extrêmement difficiles et épuisantes pour le jeune compositeur. En 1919, il reçut le prix Rothschild et fut nommé Lektor de théorie musicale à l’Université de Vienne. Ce poste n’était pas rémunéré ; il dut attendre un an de plus avant d’obtenir une fonction officielle, assortie d’un traitement très modeste, de chargé de cours d’harmonie, de contrepoint, de forme et d’instrumentation : le poste qu’avait jadis occupé Bruckner. Il se produisait aussi de plus en plus comme interprète, notamment en musique de chambre.

Outre les leçons privées, son travail à la Neue Wiener Bühne [Nouvelle Scène viennoise], où il était engagé pour écrire la musique de scène des pièces, lui apportait un complément de revenu bienvenu. C’est là qu’il rencontra Karl Michael von Levetzow (1871–1945), futur librettiste de tous ses autres opéras. Gál composa la musique de la pièce de Levetzow Ruth, jouée dans ce théâtre. Il en tira ensuite une suite, exécutée par l’Orchestre philharmonique de Vienne, mais finit par la rejeter et la « mettre de côté », comme tant d’autres œuvres. Sa situation financière ne devint réellement sûre qu’en 1924 : après le succès phénoménal de Die heilige Ente [Le Canard sacré] (voir plus loin), il signa avec l’éditeur Simrock un contrat d’exclusivité pour ses compositions, en échange d’un revenu régulier.

Néanmoins, l’essor culturel des années vingt en Allemagne ouvrit à Gál une période d’ascension rapide. Les éditeurs le courtisaient, et toutes ses œuvres étaient jouées. Il continuait à vivre et à travailler à Vienne, mais c’était surtout en Allemagne que les possibilités se multipliaient. Il s’y rendait fréquemment pour assister aux exécutions de ses œuvres.

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Notes biographiques

Neue Wiener Bühne
La Neue Wiener Bühne [Nouvelle Scène viennoise] se trouvait au 33 Wasagasse. Construite en 1865 par Otto Wagner pour la baronne Pasqualati, passionnée de théâtre, elle s’appelait à l’origine Harmonie-Theater et prit le nom de Neue Wiener Bühne en 1908. C’était un théâtre de plein air comptant 900 places assises, 20 loges et 450 places debout. Sous la direction d’Emil Geyer (1913–1922), elle se fit connaître pour ses pièces d’avant-garde et expressionnistes, puis devint un théâtre de variétés en 1925. Elle ferma en 1928 et fut démolie en 1934, à l’exception de sa façade.
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Karl Michael von Levetzow
L’écrivain autrichien Karl Michael Freiherr (baron) von Levetzow appartenait à une famille aristocratique. Né en Moravie, en Tchécoslovaquie, en 1871, il étudia le droit à Vienne, passa un an en Amérique du Sud, puis revint occuper un poste administratif à Trieste. Mais il partit bientôt pour Berlin, où il participa au cabaret Überbrettl d’Ernst von Wolzogen en 1902. Il mena ensuite une vie bohème et vagabonde, séjournant en Italie, en France, en Espagne, au Portugal, et même en Égypte et en Inde, tout en revenant régulièrement à Vienne. Dans les années trente, il finit par s’installer en Bohême. Il écrivit des poèmes (Höhenlieder [Chants des hauteurs], 1898), des pièces (Der Bogen des Philoktet [L’Arc de Philoctète], 1909 ; Die ewige Angst [L’Angoisse éternelle], 1912 ; Ruth, 1919 ; Der goldener Pfad [Le Sentier d’or], 1921), ainsi que des essais littéraires et politiques. Outre sa collaboration avec Gál, il écrivit les livrets des opéras de d’Albert Scirocco [Sirocco] (1919), Die schwarze Orchidee [L’Orchidée noire] (1928) et Mr. Wu [Monsieur Wu] (1932), de Bluff de Krenek (1924/1925) et d’Enoch Arden de Gerstner. Il mourut en 1945, alors qu’il attendait d’être jugé pour une accusation politique. (Voir aussi plus loin : Die Heilige Ente [Le Canard sacré] et Das Lied der Nacht [Le Chant de la nuit].)
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Pour aller plus loin

Chronologie de la vie de Gál →Arbre généalogique →Carnet de croquis →PDF illustré ↓