Hans Gál · 1890–1987

Les années 1920

Les opéras étaient au centre du travail de Gál dans les années d’après-guerre, mais il n’était pas moins actif dans d’autres domaines. Cette période féconde de 1919 à 1929 vit naître de nombreuses œuvres chorales, parmi lesquelles les Phantasien nach Gedichten von Rabindranath Tagore [Fantaisies sur des poèmes de Rabindranath Tagore] (op. 5), la cantate Requiem für Mignon [Requiem pour Mignon] (op. 26), la Motette [Motet] sur un poème de Matthias Claudius (op. 19) et les Epigramme [Épigrammes] sur des poèmes de Lessing (op. 27), tous deux pour chœur mixte à huit voix a cappella, ainsi que les Drei Lieder nach Gedichten von R.M.Rilke [Trois chants sur des poèmes de R. M. Rilke] (op. 31), pour chœur de femmes à trois voix avec piano.

La musique vocale joua d’emblée un rôle essentiel. Écolier, il assistait déjà aux répétitions du Singverein de la Gesellschaft der Musikfreunde ; étudiant, il participa aux « Bachiades » dominicales de Mandyczewski et cofonda en 1912, avec le hautboïste Alexander Wunderer, la Société Bach de Vienne. En 1927, il fonda sa propre Société des madrigaux, alors seul chœur viennois à interpréter des œuvres a cappella. On considérait Gál comme « l’un des premiers à susciter, par ses propres compositions, la renaissance de la pratique musicale a cappella » [Erwin Kroll, p. 175]. Lui-même écrivait dans un essai consacré à la « Musique de chambre vocale » :

« Ce dont notre vie musicale a besoin, c’est… d’un renouveau de la joie de faire de la musique, d’un nouvel élan pour la pratique musicale au foyer… Les trésors de l’époque a cappella ont été largement rendus accessibles ces dernières décennies grâce à de nouvelles éditions. Il y a là, pour la pratique musicale, un trésor à exhumer, comparable en importance à ce que la vie musicale a gagné par la redécouverte de l’œuvre de Johann Sebastian Bach. Mais surtout, les créateurs de notre temps ont ici une tâche à accomplir dont l’effet pourrait être extraordinairement fécond pour l’ensemble de l’évolution musicale : il faut créer une nouvelle musique vocale qui, née de l’esprit de notre époque et utilisant les possibilités expressives nouvellement acquises, remonte aux sources longtemps enfouies de la véritable musique vocale ; une musique de chambre au sens propre, qui offre plaisir et stimulation non seulement à l’écoute, mais aussi au chant. » [Vokale Kammermusik [Musique de chambre vocale], Musikblätter des Anbruch, X, nos 9–10, 1928]

On trouve déjà dans ces œuvres une pleine autonomie et une maturité du style personnel, ainsi qu’une riche diversité, déterminée par les sujets, qui donne à ses compositions vocales un attrait particulier. Elles furent aussi très appréciées à l’époque, comme en témoignent les extraits de presse suivants :

[Epigramme [Épigrammes], op. 27] « Ces madrigaux comptent parmi ce qui s’est fait de meilleur dans ce domaine ces dernières années. » [Allgemeine Musikzeitung]

Ou encore :

« Jamais la musique chorale n’a été plus fraîche ni plus spirituelle, même à l’âge d’or du madrigal, au XVIe siècle. » [Adolf Aber, dans les Leipziger Neueste Nachrichten]

Un flot continu d’œuvres pour piano et de musique de chambre vit aussi le jour : la Suite for Cello and Piano [Suite pour violoncelle et piano] (op. 6), la Violin Sonata [Sonate pour violon] (op. 17), le Piano Trio [Trio avec piano] (op. 18), le Divertimento pour octuor à vent (op. 22), composé pour le festival de Kiel de l’Allgemeiner Deutscher Musikverein [Association générale allemande de musique], et le Second String Quartet [Deuxième Quatuor à cordes] (op. 35). Ce dernier fut créé à Vienne par le Rosé Quartet, puis interprété par le Kolisch Quartet au festival de Zurich en 1932, où il reçut les plus vifs éloges : « une musique délicieuse, originale, magnifiquement mélodieuse et rythmiquement vivante, de la première à la dernière note » [Compte rendu du 62e Congrès des musiciens à Zurich, Kieler Zeitung, 16.6.1932].

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Notes biographiques

Allgemeiner Deutscher Musikverein
L’Allgemeiner Deutscher Musikverein [Association générale allemande de musique] fut fondé à Weimar en 1861 par un groupe de compositeurs comprenant, entre bien d’autres, Franz Liszt, Franz Brendel, Richard Wagner et Hans von Bülow. Des compositeurs étrangers y participaient également, ce qui en faisait pratiquement une association internationale. Jusqu’en 1937, elle organisa des festivals annuels comportant des créations, interrompus seulement par la Première Guerre mondiale. Son influence déclina à la fin du XIXe siècle, puis reprit avec la nomination de Richard Strauss à sa présidence en 1901. Presque tous les compositeurs importants en étaient membres ; elle joua un rôle majeur dans la promotion de la musique nouvelle et d’avant-garde.

L’association fut absorbée en 1936 par la Reichsmusikkammer [Chambre de musique du Reich] de Goebbels, puis dissoute en 1937, dans le cadre d’une campagne contre la musique « moderne ».

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Kolisch Quartet
Le Kolisch-Quartet fut fondé par le violoniste autrichien Rudolf Kolisch (1896–1978). À Vienne, Kolisch étudia le violon avec Sevcik, la musicologie avec Guido Adler et la composition. Un accident d’enfance lui ayant fait perdre une partie d’un doigt, il jouait du violon en gaucher. Après la Première Guerre mondiale, il devint l’élève et l’ami de Schönberg, qui épousa sa sœur. En 1922, il fonda le Wiener Streichquartett [Quatuor à cordes de Vienne], devenu ensuite le Kolisch-Quartet. L’ensemble acquit une réputation internationale, notamment pour l’interprétation des œuvres de Schönberg et de la Seconde École de Vienne. Ses membres s’étaient donné pour règle de tout jouer de mémoire.

Contraint d’émigrer en Amérique, le quatuor se sépara en 1939. Après la Seconde Guerre mondiale, Kolisch devint premier violon du Pro Arte Quartet et enseigna à l’Université du Wisconsin. Il mourut en Amérique en 1978.

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Pour aller plus loin

Chronologie de la vie de Gál →Arbre généalogique →Carnet de croquis →PDF illustré ↓